Je suis métisse et je ne serai jamais assez Noire

Je m’appelle Maëlina et j’ai 35 ans. Je voudrais vous parler du métissage et de comment je l’ai vécu. Je n’essaie pas de me plaindre et de nier la douleur des femmes à la couleur foncée, je veux juste raconter mon histoire.

Je suis née d’une maman Noire et d’un père Blanc. Aujourd’hui, ils ne sont plus ensemble. Rien à voir avec leur couleur de peau, ils ne s’entendent plus c’est tout.

Étant petite, j’ai grandi dans un foyer aimant et protecteur. Les gens étaient plutôt gentils avec moi. Et sans mentir, j’avais beaucoup de compliments sur ma couleur « elle a un beau teint »  » elle est claire » etc… Je suis très consciente du privilège d’être claire.

Ma mère, elle, est très foncée. Je trouve que c’est la plus belle femme du monde. Quand j’étais petite, je me voyais Noire comme ma mère. Oui, je voyais bien dans le miroir que j’étais plus claire de peau mais j’étais une femme Noire ou plutôt une petite fille Noire. Je m’identifiais complètement à ma mère. Et puis, à l’école j’étais une petite fille Noire. D’ailleurs, certains de mes camarades ne se gênaient pas pour me le dire et pas en des termes flatteurs…. J’étais une petite fille Noire au teint clair.

C’est toujours comme ça que je me suis vue. Mais en grandissant, j’ai eu des remarques qui m’ont fait questionner mon identité. Au collège, je traînais beaucoup avec des filles Noires. Un jour, on parlait de cheveux, les filles se plaignaient que leurs cheveux ne poussaient pas et j’ai dit que les miens si. Ça allait. Et là, une des filles m’a sorti « normal, t’es métisse. T’as des cheveux de métisse. » Je savais que je l’étais mais… je sais pas…. je voulais être comme elles… comme ma mère… ça m’a blessée d’être mise à part comme ça. J’en ai parlé à ma mère et elle m’a dit qu’il fallait que j’accepte le fait que je sois moitié Noire, moitié Blanche parce que papa était Blanc et maman était Noire. Mais moi je voulais être Noire! Comme ma mère!

Les Blancs disent que je suis Noire et les Noirs disent que je suis métisse. Mais je suis qui alors?

Moi, je veux être considérée comme Noire. Ça veut rien dire métisse. Et puis, dans ce monde Blanc dans lequel on vit, je suis Noire! Je suis Noire!

Et toute ma vie ça a été ça. « Non mais toi, t’es métisse » « Non mais toi on peut te confondre avec une Blanche » « Non mais toi, tu peux pas comprendre parce que t’es métisse ». Certaines personnes du côté de ma mère me surnommait même  » la petite Blanche ». Je ne suis pas Blanche! Je suis Noire!

Et quand je veux parler en tant que Noire. « Nous, les Noirs…. » ce n’est pas rare qu’on m’arrête en disant « non mais toi t’es pas Noire, t’es métisse »… Ça me vexe…

Et puis, j’ai l’impression d’être constamment rejetée. Pas assez Blanche. Pas assez Noire. Je suis nulle part. Mon père ne comprend pas mon mal-être. Ma mère non plus. Je suis claire, avec les cheveux qui bougent alors ma vie est sensée être belle. Oui, dans l’ensemble, je n’ai pas à me plaindre. Mais j’aurais aimé être Noire comme ma maman. Complètement Noire. Malgré que mon père soit Blanc, je me considère plus proche des Noirs. Ça me blesse tellement d’être une Noire différente des autres.

Je ne nie pas le privilège qu’ont les personnes métisses dans cette société. Je suis tout à fait consciente du colorisme et du dénigrement constant que subissent les femmes Noires comme ma mère.

Ma mère est très Noire et elle m’a déjà expliqué pourquoi personne ne la trouvait belle quand elle était jeune. Avec ses cheveux crépus et son teint foncé, elle n’était pas le premier choix des hommes. Je connais la souffrance des femmes Noires. Mais je souffre aussi. Je voudrais être Noire ou Blanche. Mais au milieu, ça rime à rien. Surtout dans ce monde. Je voudrais pouvoir appartenir pleinement à une communauté. Je ne me sens à ma place nulle part. Je ne serai jamais assez Noire.

Je tenais à partager mes difficultés en tant que métisse. Cette difficulté à trouver une place.

Jolaine B.

3 réflexions sur “Je suis métisse et je ne serai jamais assez Noire

  1. Petite rectification, je viens de voir que ce témoignage vient de Maëlina.
    Je n’avais pas vu le tout début de l’article…
    Donc Maëlina ce message est pour vous 😉
    Belle journée

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  2. Jolaine,
    Votre témoignage est très fort et d’une grande sincérité.
    L’être humain a besoin de tout mettre dans des cases.
    C’est ce que je crois.
    Les gros, les maigres, les moches, les trop petits, les trop grandes, les asiatiques (soit dit en passant qu’on croit tous forcément chinois…), les blancs (qu’on croit tous européens), les noirs (qu’on croit tous africains mais dont les histoires et les peuplement sont bien plus complexes pour qui s’intéresse un minimum à l’histoire de l’humanité)…
    Ce week-end je suis allée voir un documentaire sur les BTS avec ma fille, et dans le film l’un des chanteurs (c’est un groupe de coréens) disait qu’il fallait s’accepter comme on est.
    Il a ajouté « je sais que je n’ai pas la peau claire et les yeux trop bridés mais je dois m’aimer et m’accepter comme cela… »
    C’est triste, l’humanité a du mal à s’harmoniser avec sa propre singularité, sa beauté aux mille facettes.
    Je suis née sur une île où j’ai grandi avec environ 80% de population de couleur (canaques, indonésiens, japonais, chinois, vietnamiens, caribéens, futuniens, wallisiens, tahitiens…)
    Je suis blanche, et vivre là bas ne m’a jamais amené à me poser des questions, il y avait une sorte de savoir-vivre ensemble avec toutes ces cultures, traditions, langues différentes et religions.
    Quand je suis arrivée en France en 1979, l’école où j’allais n’avait pas un seul élève de couleur…
    Cela m’a plongé dans une grande tristesse.
    Trop de blancs…
    De plus comme je venais d’ailleurs, de beaucoup trop loin (jalousie latente mais qui ne s’exprime jamais franchement), j’étais rejetée.
    Quand j’expliquais que le peuple endémique était les canaques et que je manifestais une fierté d’avoir vécu et grandit avec eux, aussitôt, en croyant sûrement m’humilier, on m’appela « la canaque ».
    Comme quoi même en tant que blanche, il y avait un rejet d’avoir trop approché une sorte de différence qui dépasse.
    Tous ces enfants ne voulaient pas ou ne pouvaient pas prendre mon histoire comme une richesse.
    Des années plus tard j’ai même un ami qui me reprocha d’avoir trop d’amis noirs…
    C’est terrible, et je ne comprends pas ce type de comportement ou de propos.
    Merci pour ton partage, j’ai beaucoup aimé te lire.
    Dis toi que tu es là, que tu es aimée, que tu es cette belle personne et que c’est ça qui est bien et juste !
    Corinne

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  3. tu es africaine et europeenne.
    noir/fonce blanc/clair sont des abus de langage.
    tu n’es pas au milieu des deux continents et groupes de genes auxquels tu appartiens.
    il n’y a pas de milieu de categories de pensee qui ne correspond a rien de reel.
    ton exemple l’illustre tres bien.
    notre vie depend de la conception que nous en avons/faisons.
    si tu changes de perspective p. regarder et appeller ta realite comme je te le suggere, ta perception changera et ta reaction aussi.
    essaies et dis moi ce que tu en penses.
    bonne soiree depuis kampaLa.

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