Elle s’excuse pour son humour déplacé sur le génocide rwandais

Source radiofrance.

La chronique de l’humoriste Constance intitulée « Journée mondiale de réflexion sur le génocide au Rwanda », n’est pas passé. Jugé révisionniste voire négationniste, la chronique a suscité de nombreuses réactions de la part d’auditeurs, d’historiens, de chercheurs, de la Présidente de la communauté rwandaise de France, du Président de SOS Racisme.

Dominique Sopo, président de SOS Racisme

Madame la médiatrice,
En tant que président national de SOS Racisme, je vous écris afin de dire mon indignation suite à la chronique lue par Constance lors de l’émission « Par Jupiter » en date du 7 avril 2020. Ce jour-là, qui est également le jour de la commémoration du génocide dont les Tutsi furent victimes en 1994 au Rwanda, la chroniqueuse a tenu, sous couvert d’humour, des propos de nature négationniste, en renvoyant dos-à-dos les bourreaux et les victimes de ce crime contre l’Humanité présenté par elle comme « des gens qui vivaient ensemble depuis des années et se sont mis à se découper à la machette ». La Shoah, ça n’est pas des Juifs et des nazis qui se sont mis à s’entre-tuer. Le génocide contre les Arméniens, ce ne sont pas des Arméniens et des forces « Jeunes-Turcs » qui se sont mis à s’entre-tuer. Au Rwanda, ce ne sont pas des Tutsi et des Hutu qui se sont mis à s’entre-tuer. La chronique, de façon plus générale, ne replace jamais ce drame à son niveau de gravité, s’inscrivant dans une mécanique du rire qui crée un irrépressible malaise. Car renvoyer dos-à-dos les Tutsi et les Hutu procède de deux logiques: celle des négationnistes du génocide qui essaient par-là de noyer la responsabilité du « Hutu power ». Mais également cette logique très coloniale qui consiste à ne concevoir, pour l’Afrique, que des scènes où se déroulent des luttes ancestrales entre ethnies ou tribus qui se massacrent dans des batailles croisées. Le malaise est d’autant plus tenace que cette chronique – potentiellement validée avant qu’elle ne soit lue à l’antenne – est saluée, dans sa chute, par un tonitruant éclat de rire venu des autres protagonistes du plateau.
Depuis que cette chronique a été connue, des voix se sont élevées pour s’en indigner. Pas trop de voix, il est vrai car, lorsque l’on rit d’un génocide en des termes aussi sidérants, l’on ne risque pas d’avoir beaucoup de personnes qui s’en plaindront, vu que celles qui sont susceptibles de le faire sont mortes ou murées dans le silence ou la sidération. Pourtant, des indignations se sont exprimées. Et, malgré cela, aucun mot, aucune excuse, aucune communication sur cette chronique de la part de l’ensemble des interpellés: l’auteure, les animateurs de l’émission et la station France Inter. C’est pourquoi je me tourne vers vous afin que, en passant par un canal dédié à ce type de situation, l’évitement ne soit pas l’issue que je suspecte être souhaitée par les protagonistes de cette affaire desquels les rescapés dont en droit d’attendre une réparation à leur égard. Dans l’attente de votre retour, je vous prie, Madame, de recevoir mes salutations distinguées. Dominique SOPO
Président de SOS Racisme

Source radiofrance

La réponse de Constance

Chers auditeurs,
Ma chronique du 7 avril sur France Inter a suscité une très vive émotion dans la communauté Tutsi et au-delà. A tous ceux qui ont été choqués, je voudrais dire que mon intention n’était pas de blesser, de minimiser l’importance des faits et encore moins de nier la réalité du génocide qui s’est déroulé en 1994 au Rwanda.
Pour m’éloigner du sujet qui ne prêtait pas à rire, j’ai usé de formules lapidaires qui ont jeté du sel sur des blessures immenses. Telle n’était pas mon intention.
J’ai depuis reçu de très nombreux messages faisant part, parfois de manière parfaitement outrancière, de leur colère. J’ai bien entendu leur émotion. Je veux leur dire qu’elle me touche et que je la comprends.
Je suis humoriste, pas éditorialiste. Mon rôle est de faire rire, et d’apporter un peu de bonheur aux gens. Alors quand mon travail soulève autant d’émotion, qu’il heurte toute une communauté, force est de reconnaître que l’objectif est manqué. Je vous prie de bien vouloir m’en excuser.
Constance

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